Come back

Come back
Le 17 avril 1962, le « Ville de Constantine » s'éloigne du port d Alger.
Sur le pont je n arrive pas a détacher mes yeux de cette cote qui s'efface tout doucement.
Vingt ans de vie rayée parce que des politiques l' ont voulu.
Défilent une suite d' images indelibiles, mon enfance, mes amis, ma famille, ma mère décédée quelques mois avant l' indépendance et dont j' ai impression d' abandonner.
La gorge qui se noue, un dernier sanglot étouffant ces dernières paroles prononcées qui me poursuivront toutes ces années : « M' man, je reviendrai. »

Mai 2005, dans l'avion, collé contre le hublot, je scrute sans arrêt l'horizon afin d'apercevoir le premier les cotes algériennes.
Le ciel s'éclaire au fur et à mesure qu'on se rapproche et le soleil, ma fille, comment il se jette sur moi.
Ça y est, je suis en plein « dedans », le « hier » devient le « maintenant », et les souvenirs m'assaillent....Proust, je vais faire ma parole...
Quelle madeleine vais je tremper dans mon café, pardon mon caoua? . Quelques miettes de ma jeunesse vont surnager à mâcher avec précaution.
Allez, ça y est, l'avion se pose délicatement, la porte s'ouvre, je descends et pose le pied sur ma terre, putain, le soleil et le ciel j'en prends plein les yeux.
Te fatigue pas, va ! Ici c'est pas là-bas, on n'a pas besoin de la station météo payée des milliards par TF1 pour connaître le temps, même pas on lève la tête pour ne pas être ébloui par le soleil toujours présent, juste une casquette et 'iola.
Bon j'y vais, les souvenirs vont m 'assaillir, le passé va m'apparaître en filigrane, ma parole Proust, je vous dis.
« M'man, je suis là. »

# Posté le jeudi 17 novembre 2005 17:04

Modifié le mercredi 13 juin 2007 11:17

L' avenue KLEBER

L' avenue KLEBER
Cette avenue, qui nous a vus grandir, commence de l'école Marceau et se prolonge jusqu' aux moulins Cohen.
Je la retrouve, pour ainsi dire pareille qu'avant.
Bien sur les Cremades, Rodriguez, Mollard ne sont plus là. Le marchand de bonbons Didi dont l'étalage nous faisait envie et où parfois nous échangions une pièce pour un paquet de « toraïllico » a disparu.
Au carrefour entre l'avenue Kléber et l'avenue Bretaudeau, Aux quatre coins comme on disait, les bars où les cheminots se précipitaient aprés leur travail pour deguster une anisette accompagnée de kémia, sont fermés, seul un café maure reste ouvert avec assis en terrasse des arabes jouant aux dominos en tapant bien fort sur la table.
Des nouvelles épiceries se sont ouvertes avec des étalages comme avant, et où les marchands essayent d'attirer la clientèle avec des « 'oilà les belles fèves mieux que les tomates, poissons plus frais que vous... »
A notre époque nous avions les épiceries « Dib, Garey, Ruiz » mais ma mère préférait prendre les légumes chez Ali.
Ali je le revois avec son bourricot tirant une charrette remplie de primeurs. Ali était aveugle mais il possédait la grâce de reconnaître ses clients.
Avec Madame Mollard, c'était toujours des discutions interminables.
« Ali, choisis-moi une pastèque «
« Voilà Madame Mollard comme du sucre »
« Ouvre là pour voir si tu es sûr de toi »
« Bien sur que je suis sûr de moi »
« Alors ouvres «
« Y a, Madame, ti ouvriras toi même chez toi, si ti la prends ti achètes de confiance ou ti laisses ! ci finie la colonisation ci Di Gaulle qui l'a dit »
Quand je lui tendais le couffin , il ne manquait jamais de prendre des nouvelles de ma mère.
« Oh, Didi, madame Martinez n'est pas malade hein ? »
« Non, mais ma mère, elle demande un kilo de lentilles mais qu'il n'y ait pas beaucoup de pierres mélangées »
Il rigole « Tu diras à ta mère que moi aveugle, j'ai passé la nuit à trier les lentilles, et si vous vous cassez une dent, c'est rien, j'ai un cousin dentiste qui lui fera un prix »

Je remonte doucement la rue en mettant une image, un visage à chaque porte ; je revois les enfants jouant au ballon, à la pelote comme on disait, sur le trottoir ou la rue alors que les mères guettaient sur le pas de la porte le retour de leur mari.

Voilà j'arrive aux moulins, je n'arrive pas à croire que 40 ans après j'ai pu de nouveau parcourir la rue de mon enfance, de là, je la domine, elle n'est plus la même certes mais qu'est que je suis content de la revoir.
Allez, il faut partir, sans se retourner dirait Aznavour, putain l'émotion, vite, vite allons ailleurs...........

# Posté le vendredi 18 novembre 2005 08:26

Modifié le mardi 12 juin 2007 16:20

LA JOYEUSE HARMONIE

LA JOYEUSE HARMONIE
La Joyeuse Harmonie


La joyeuse harmonie était notre salle de danses ce que vous appelez maintenant « une boite de nuit » sans drogues ni videurs.
On se retrouvait le samedi soir et le dimanche pour danser ou célébrer des mariages.
Avec les copains, Pierrot, Fredou et Gaby, trop jeunes pour y entrer nous nous mettions devant la porte pour recueillir des dragées que les mariés nous portaient ou pour mater par une fenêtre, les danseurs qui évoluaient.
Ah les filles de là-bas, belles qu'elles étaient, virevoltant dans leur robe en mousseline avec leurs yeux de biche, les seins comme des oranges de Tlemcen, la souplesse des gazelles d'Aïn Sefra, la peau fraîche comme l'eau de la gargoulette que ma mère posait sur la fenêtre.
Parfois des couples s'isolaient pour échanger quelques baisers, des caresses audacieuses, enfin tout le bataclan et nous, toujours à l'affût, on rigolait. Et lorsque Pierrot criait « regardes, ma parole, il la fouille, tu crois qu'lle lui a volé. », Il fallait vite s'enfuir car l'amoureux mécontent courait derrière nous en nous insultant et en jetant des cailloux.
C'est vrai, le temps a passé, me revoilà devant ce bâtiment devenu silencieux, aujourd'hui habité par des « arabes », mais d'où en prêtant l'oreille on peut entendre le bruit du claquement de mains rythmant les chansons
espagnoles et la nostalgie qui s'en dégage crée ce mal que le « Pied noir » porte en lui depuis 1962..
Que veux-tu ? Mes seize ans sont toujours présents dans mes souvenirs avec des images qui n'arrivent pas à mourir.

# Posté le vendredi 25 novembre 2005 12:42

LE COLLEGE MODERNE

LE COLLEGE MODERNE
Le Collège Moderne


Non, je ne pouvais pas quitter la ville de mon enfance sans revoir le collège témoin de mon adolescence.
Tiens, le portail a changé, l'entrée est plus austère et le concierge qui nous accueille ne semble pas décider à nous laisser entrer. Après quelques palabres, dans la langue du pays, avec Kader, il consent à nous ouvrir la porte.
Je retrouve le bâtiment tel qu'il était, aucune modification, les peintures refaites, le terrain de basket toujours là, et si je te dis que je revois, les élèves, les cris, les profs Lavina, Michel, Lauze..., comme avant, tu vas penser que je délire et pourtant...

Au collège, on entrait après le certificat d'études, on n'était plus grand garçon, non, on était des jeunes hommes et les filles pour nous n'étaient plus des pisseuses mais des jeunes filles, et comme leur collège était tout prés en courant ou en séchant les cours, on arrivait à retrouver nos fiancées. Elles, aussi attendaient un peu, il fallait le temps de nous laisser arriver à pied ou en vélo. On tournait avec nos vélos juste pour intercepter un regard parfois quelques mots étaient échangés et si nous arrivions à prendre rendez-vous, alors là, le monde nous appartenait.

C' est vrai le collège pareil qu'avant, mais le temps a passé, dis moi, où sont mes amis aujourd'hui dispersés ou disparus.? ......

# Posté le samedi 26 novembre 2005 09:55

Modifié le mercredi 13 juin 2007 11:17

LE STADE PAUL ANDRE

LE STADE PAUL ANDRE
Stade Paul André


Passage obligé le stade Paul André
Quel est le Bel Abbésien qui ne s'est jamais rendu au stade le dimanche après midi ?

Avec mon père nous y allions en vélo, moi assis sur le cadre, prêts à supporter les Maillol, Liminana, Calatayud, Piou, Gros, le Sporting quoi, avec ce chauvinisme toujours présent en nous.

Le stade toujours le même seul le nom a changé pour s'appeler maintenant «Stade des 3 freres Amirouche ».
Qu'importe il est bien là et me permet de retrouver les images de ma jeunesse.

J'y entre, ma parole il est comme avant, la tribune centrale couverte, deux tribunes latérales et à l'opposé les gradins sur la longueur.
Nous, nous allions aux tribunes latérales où mon père retrouvait ses copains.
Mon père avait l'habitude de me faire des commentaires à haute voix qui gênaient parfois les voisins.
« Oh, Edouard on entend que toi, qu'est ce que tu veux faire de ton fils un Ben Bareck ? »

Notre Ben Bareck à nous c'est votre Zidane sans la pub. Notre Ben Bareck, je vais te dire, il était capable de prendre le ballon, dribler tous les joueurs adverses, même le goal, tu vois ?.Si bien qu'à l'école quand on jouait au foot et que nous réussissions un drible on disait « Putain, tu m'as fait un Ben Bareck ».Tu vois ton Zizou, je rigole...

Aujourd'hui, je continue à me rendre au stade, au « stade vélodrome », c'est pas pareil, mon père ne m'accompagne plus, mais je sens toujours sa présence auprès de moi, et lorsque Nasri ou Riberry réussit un drible je m'entends dire « t'as vu P'pa le Ben Bareck qu'il lui a fait ».

# Posté le jeudi 22 décembre 2005 17:55

Modifié le mercredi 13 juin 2007 11:17